Louis Jou Louis Jou Louis Jou Louis Jou Louis Jou

Fondation Louis Jou / Louis Jou / Les Baux-de-Provence / Affiche

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Une vue de l'atelier

Louis Jou dans son atelier aux Baux-de-Provence

LOUIS JOU
(Luis Felipe-Vicente Jou i Senabre)
(
1881-1968)

Architecte du Livre et des Baux

Lorsque l'on est artiste, on invente, et chaque fois que l'on invente, on est apprenti. (Louis Jou).

Sa vie

Louis Jou naît en Espagne le 29 mai 1881, dans le village de Gracia, maintenant quartier de Barcelone. Il était le fils aîné d'une modeste et honorable famille. Son père, maître d'atelier dans une fabrique et sa mère, couturière, l'ont placé vers huit ou dix ans, selon l'usage, comme apprenti à l'importante imprimerie barcelonaise Torquato Tasso. Là, le destin lui fait rencontrer le conseiller artistique de l'imprimerie, par ailleurs Conservateur de la Bibliothèque Arus, Eudald Canibel qui, séduit par la vivacité d'esprit et la voracité intellectuelle du jeune garçon, le garde dans sa sphère d'érudit, lui donnant ainsi la possibilité de se familiariser avec les trésors de la bibliothèque : manuscrits, incunables, belles reliures et surtout, avec les riches calligraphies et typographies du monde hispanique.

A seize ans, il devient peintre en lettres. Il gagne mieux sa vie et peut commencer à aider financièrement sa famille. Il fait alors partie d'un cercle de jeunes gens intellectuels, musiciens, artistes, plus ou moins exaltés, plus ou moins anarchistes (c'est l'époque des émeutes ouvrières, menées par Francisco Ferrer qui sera fusillé en 1909), et tous rêvent de tenter leur chance à Paris où la vie artistique est intense dans les années 1900.
Jou se décide à y rejoindre son ami organiste Joseph Civil, en 1906. Il survit assez misérablement grâce aux dessins qu'il vend à l'Assiette au Beurre, au Rire, à Panurge, etc.

En 1908, il rencontre François Bernouard, imprimeur-éditeur, et crée avec lui La Belle Édition. S'affirme alors son talent de typographe, de graveur et de compositeur de beaux textes.

C'est pendant cette période, dite de la rue Dupuytren, qu'il fréquente Dunoyer de Segonzac, Apollinaire, Van Dongen, Edgard Varèze, Raoul Dufy, Léon-Paul Fargue, Émile Bernard qui fera son portrait, puis Paul Iribe, t'Serstevens, Léo Larguier, Albert Marquet qui lui fera découvrir Les Baux, Maurice Rostand, Jean Cocteau, Francis Carco, toute une bohème impécunieuse de joyeux compagnons.

Il s'abstrait de cette vie d'atelier, d'amitié et de cafés pour commencer avec fièvre son oeuvre de typographe original et d'artiste-graveur. Ses premiers travaux sont inspirés par Anatole France auquel il vient présenter ses illustrations pour Les Opinions de Jérôme Coignard, livre qui sort en décembre 1914 (commande des Cent Bibliophiles).

En 1917, il rencontre André Suarès chez l'imprimeur Frazier-Soye ; ce jour-là naît une amitié de toute la vie ; ou plutôt ce sont les deux visages de Janus, tant leurs génies se complètent. Si Eudald Canibell, bibliothécaire de Barcelone, avait ouvert à l'adolescent les portes de l'instruction, André Suarès ouvre à l'homme celle de la culture. (André Feuille in Louis Jou).

Mais son grand rêve reste depuis toujours de dessiner ses propres caractères typographiques. En 1921, il rapporte d'Espagne ses premières polices, avec lesquelles il réalise Le Prince, sous la bannière Jou-Bosviel, éditeurs (le docteur Bosviel l'ayant toujours soutenu financièrement depuis un passage dans son service d'hôpital pour cause de surmenage et de malnutrition). Maintenant, Jou veut avoir son atelier, ses presses et des ouvriers formés par lui.

En 1925, il installe enfin cet atelier au 13 de la rue du Vieux-Colombier, proche de Saint-Germain-des-Prés et du Quai-aux-Fleurs, son premier logement parisien. Là, il fabriquera sans relâche jusqu'en 1939 ces livres splendides, réalisant alors ce que nul n'avait fait avant lui : dessin et gravure des caractères, papier, encre, composition ; mais aussi, dessin et gravure des illustrations, pressage, décoration de reliure, il se mêle généralement de tout. A part le papier pour lequel il ne peut qu'émettre des désirs et donner des recettes, tout est conçu et réalisé au Vieux-Colombier. Il est bien l'Architecte du Livre décrit par André Suarès.

En 1939, après avoir déchiré son Espagne natale, la guerre déchire l'Europe. Dans le Paris de 1940, ayant accompli la plus grande partie de son oeuvre, découragé par les difficultés quotidiennes et les grands drames (son pressier a été tué et ses autres ouvriers sont il ne sait où), il décide de s'installer aux Baux où il possède une maison dans le village depuis 1921. Il y grave, y restaure l'Hôtel Jean de Brion, en ruines et fait des travaux dans le bâtiment qu'il destine à son nouvel atelier ; son disciple et ami, Pierre Seghers, lui apportera ses presses et ses caractères en 1944. Il y travaillera seul et aidé par Poppy jusqu'en 1967.

Louis Jou meurt le 2 janvier 1968. Il repose au cimetière des Baux.

Son oeuvre

« Au lecteur ami,
« (...) Tout y est donc, lecteur ami : il ne manque plus que toi. Tu ne te doutes pas que nous avons mis notre vie dans cette entreprise et que tu n'as été pour rien, jusqu'ici, dans le bien que nous voulons te faire. (...)

Soucie-toi un peu de ton âme, mon lecteur, il est temps. (Louis Jou)

Parmi les plus grands typographes du siècle, la place de Louis Jou est exceptionnelle. Il est le seul parmi ses pairs à avoir conçu et réalisé un ouvrage entièrement par lui-même.

Xylographe, graveur sur métal, Jou dessine et fond ses propres caractères. Ainsi, tout est de lui dans ses livres, de la lettre à la gravure. Exemple unique : Plantin, le grand Plantin qu'il admirait, avait ses graveurs attitrés. D'autre part, si Jou ne fait pas son papier, du moins donne-t-il à certains fabricants, notamment son ami catalan Joseph Guarro, des indications précises relatives au dosage des pâtes pour les papiers qui lui sont destinés. En ce qui concerne les encres, Louis Jou donne sa touche personnelle ; ainsi a-t-il créé un rouge orangé dont il a éclairé certaines de ses plus belles pages et que l'on a vainement tenté de faire après lui dans son atelier. Enfin, soit en renouant avec l'art de l'enluminure pour les reliures en vélin, soit en dessinant des fers pour des habillages en pleine peau, il décore certaines reliures d'ouvrages sortis de ses presses.

De cette unité entre les différents éléments du livre, naîtront un équilibre et une harmonie rarement atteints et qui seront la constante des Ïuvres de Louis Jou. En remontant jusqu'au XVe siècle à la recherche d'un salutaire renouveau de la typographie, il a, d'instinct, rejoint la démarche intellectuelle de chercheurs qui, en Europe, dans la seconde moitié du siècle dernier, avaient ressenti le nécessité d'une réaction devant le machinisme naissant et les excès de tous ordres dans la conception du livre.

Ayant concilié la rigueur nordique et l'âpreté espagnole, il n'en reste pas moins que la forte personnalité de Jou - qui ne fut le disciple de personne - le libère de toute influence et lui permet d'imposer à son tour une Ïuvre originale. Ce Catalan qui avait adopté notre pays (naturalisé en 1927) fut un créateur de livres dont l'influence, au terme d'une carrière exemplaire de plus d'un demi-siècle, a été l'une des plus déterminantes dans l'évolution du livre contemporain. (Texte extrait de : 
Louis JOU, Biobibliographie, d'André Feuille, édité par la Société des Bibliophiles de Guyenne, Bordeaux, 1984).

Les principaux ouvrages réalisés entièrement par Louis Jou à Paris et aux Baux-de-Provence sur ses presses à bras :

1916 - Le Chemin de la Croix, Paris, Jou, 105 exemplaires numérotés et signés.
1921 - Le Prince, Machiavel. Paris, Jou et Bosviel, 290 exemplaires.
1924 - Thaïs, Anatole France. Paris, Les Cent Bibliophiles, 135 exemplaires.
1927 - Sonnets pour Hélène, Ronsard. Paris, Les Livres de Louis Jou, 258 exemplaires.
1928 - L'Évangile selon Saint Matthieu, Lemaistre de Sacy. Paris, Les Livres de Louis Jou, 290 exemplaires.
1928 - L'Art du Livre, André Suarès. Paris, Louis Jou, 37 exemplaires.
1929 - Le Carosse du Saint-Sacrement, Prosper Mérimée. Paris, Société des Bibliophiles de Provence, 150 exemplaires.
1930 - Psyché, Lafontaine. Paris, Les Livres de Jou, 225 exemplaires.
1931 - Musiciens, André Suarès. Paris, Les Livres de Louis Jou, 210 exemplaires.
1932 - Salomé, Oscar Wilde. Paris, Les Médecins Bibliophiles, 150 exemplaires.
1934 - La Samar, André Suarès. Paris (Chez l'Artiste), 101 exemplaires, ouvrage hors commerce.
1934-35-36 - Les Essais, Montaigne. Paris, Les Livres de Louis Jou, 170 exemplaires (3 tomes).
1936- Nerto, Mistral. Paris, Société des Bibliophiles de Provence, 150 exemplaires.
1938 - La vie de Jésus. Paris, Les Livres de Louis Jou, 60 exemplaires.
1938 - Cantique des Cantiques, traduction André Suarès. Paris, Les Médecins Bibliophiles, 130 exemplaires.
1939 - Oraisons funèbres, Bossuet. Paris, Les Livres de Louis Jou, 220 exemplaires.
1944 - La Pierre, Marie Mauron. Les Baux-de-Provence, Louis Jou, 30 exemplaires.
1944 - Jeanne d'Arc. Les Baux-de-Provence, Les Livres de Louis Jou, 110 exemplaires.
1945 - Bouts de bois . Les Baux-de-Provence, Les Livres de Louis Jou, 65 exemplaires.
1946 - Sonnets, Louise Labé. Les Baux-de-Provence, Les Livres de Louis Jou, 125 exemplaires.
1953 - Adolphe, Benjamin Constant. Les Baux-de-Provence, Les Livres de Louis Jou, 118 exemplaires.
1953 - La Danse Macabre. Les Baux-de-Provence, Les Livres de Louis Jou, 55 exemplaires.
1954 - Les Bucoliques baussenques. Les Baux-de-Provence, Les Livres de Louis Jou, 135 exemplaires.
1955 - Le Cantique des Cantiques. Les Baux, Les Livres de Louis Jou, 30 ex., sur vélin au filigrane de Louis Jou.
1960 - Bouts de bois II. Les Baux-de-Provence, Les Livres de Louis Jou, 55 exemplaires.
1964 - Prière pour aller au paradis avec des ânes, F. James. Les Baux, Les Livres de Louis Jou, 35 exemplaires.
1965 - Les vingt-quatre lettres de l'abécédaire. Les Baux-de-Provence, Les Livres de Louis Jou, 35 exemplaires.
1966 - Les Petites Fleurs de Saint François d'Assise. Les Baux-de-Provence, Les Livres de Louis Jou, 130 exemplaires.

Ouvrages illustrés par Louis Jou :

1914 - Les Opinions de M. Jérôme Coignard, Anatole. France. Paris, Les Cent Bibliophiles.
1916 - Les Pensées, Pascal. Paris, Georges Crès, deux volumes, (Le Livre Catholique).
1917 - Salomé, Oscar Wilde. Paris, Georges Crès (Le Théâtre d'Art).
1918 - Amour, poème de Félix Bangor, André Suarès. Paris, Émile-Paul Frères.
1919 - Le retour de l'enfant prodigue, André Gide. Paris, Nouvelle Revue Française.
1920 - La Rôtisserie de la Reine Pédauque, Anatole France. Paris, Mornay.
1922 - Le Contr'un, La Boétie. Paris, Jou et Bosviel.
1926 - Lettres Persanes, Montesquieu. Paris, Les Bibliophiles du Palais.
1926 - L'île des Pingouins, Anatole France. Paris, Lapina, deux volumes.
1927 - Les Nourritures terrestres, André Gide. Paris, Claude et Aveline.
1930 - Le Voyage du Condottière, André Suarès. Paris, Les éditions d'Art Devambez.
1931 - Marsiho, André Suarès. Paris, Trémois.
1948 - Atala, René, Le dernier des Abencérages, Chateaubriand. Paris, La Maison Française.
1948 - Don Quichotte, Cervantès. Genève, Gerald Cramer (quatre volumes).
1949 - Groumanduji, Maurice Brun. Marseille, Maurice Brun.

1951-52 - Oeuvres, Rabelais. Paris-Nice, Imprimature (Gerald Cramer) 3 volumes.

Les expositions

De nombreuses expositions ont donné à voir l'oeuvre de Louis Jou, tout au long de ce siècle et ont toujours suscité l'admiration. Les deux dernières, très importantes par la qualité et la quantité des oeuvres exposées, ont eu lieu :

- au Musée Gutenberg à Mayence en 1990 ;

- et au Cabinet des Estampes de la ville de Liège en Belgique en 1993-94. A cette occasion, un remarquable catalogue a été édité par Rémy Magermans.

Documentation sur Louis JOU :

  • Louis JOU, architecte du Livre et des Baux, de Pierre Seghers, 136 pages, format 198 x 250 mm, 
    45 photos noir et couleur, 1980, en vente à La Fondation Louis Jou : 80 F + 35 F de port.
  • Louis JOU, Biobibliographie, d'André Feuille, édité par la Société des Bibliophiles de Guyenne, 332 pages,
    format 315 x 240 mm, 1984.
  • Catalogue de l'Exposition Louis JOU à Liège, 126 pages, nombreuses reproductions couleur et noir et blanc, édité par la S. A. Magermans Arts graphiques, 5300 Andenne Belgique, 1993. En vente à La Fondation Louis Jou : 300 F + 35 F de port.
  • Art du Livre, d'André Suarès, préface de Louis Jou, fac-similé, 48 pages, format 203 x 135 mm à l'italienne, 
    4 couleurs (or, noir, vermillon, bleu) : 1200 F + 90 F de port. En vente à La Fondation Louis Jou.
  • Louis JOU par René Puig, 84 pages, format 160 x 240 mm, reproductions de bois gravés, correspondance,
    etc., édité par La Tramontane, revue du Roussillon, 2, rue Font-Na-Pincarda, Perpignan.
  • Louis Jou, artisan du Livre, de Stéphane Cordier, 56 pages, format 180 x 230 mm, 32 reproductions noir et blanc, imprimé par l'Imprimerie Mistral à Cavaillon, 1974.

    « Il est possible que le livre soit le dernier refuge de l'homme libre. Si l'homme tourne décidément à l'automate ; s'il lui arrive de ne plus penser que selon les images toutes faites d'un écran, ce termite finira par ne plus lire. Toutes sortes de machines y suppléeront : il se laissera manier l'esprit par un système de visions parlantes ; la couleur, le rythme, le relief, mille moyens de remplacer l'effort et l'attention morte, de combler le vide ou la paresse de la recherche de l'imagination particulière : tout y sera, moins l'esprit. Cette loi est celle du troupeau. Le livre aura toujours des fidèles, les derniers hommes qui ne seront pas faits en série par la machine sociale. Un beau livre, ce temple de l'individu, est l'acropole où la pensée se retranche contre la plèbe ».

    (Extrait de l'Art du Livre d'André Suarès, écrit en 1920,en vente à La Fondation Louis Jou).

couverture

relieur

Psyche

Psyché (1930) Jean de Lafontaine,
gravure sur bois et typographie

Bois gravé de Louis Jou
Texte d'André Suarès

Psyché (1930) Jean de Lafontaine,
gravure sur bois et typographie

Fondation Louis Jou